Depuis plusieurs années, les rotations entre Dakar et l’île de Gorée sont souvent interrompues. Une nouvelle panne de la chaloupe principale au lendemain de la tabaski a laissée des centaines d’habitants, de travailleurs et de touristes sur le quai. Face à cette situation qui s’éternise, la colère gronde légitimement et les regards se tournent vers l’ANAM et le Port Autonome de Dakar.
Une île coupée du monde et une économie à l’arrêt
C’est un scénario noir qui se répète inlassablement pour les usagers de la liaison Dakar-Gorée. Vendredi matin, l’unique chaloupe en service est tombée en panne, bloquant net le quotidien des insulaires. Travailleurs incapables de rejoindre la capitale, élèves et étudiants privés de cours, et touristes rebroussant chemin : l’impact économique et social est immédiat pour une île qui vit exclusivement du tourisme et de ses échanges avec le continent.
« C’est inadmissible. Nous sommes régulièrement pris en otages. Comment peut-on gérer un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO avec un service public aussi défaillant ? » s’insurgent les usagers.
Le blocage de la chaloupe Boubacar Joseph Ndiaye : Un imbroglio administratif inacceptable
Ce énième incident met en lumière une situation jugée aberrante par la population. En effet, la chaloupe Boubacar Joseph Ndiaye est actuellement à quai, prête à renforcer la flotte. Il convient de souligner que le Port a consenti un investissement majeur de 150 millions de francs CFA pour rectifier l’ensemble des points soulignés lors de l’audit de l’embarcation. Grâce à cette enveloppe, le chantier naval DakarNave a entièrement réalisé les travaux de réparation et levé toutes les réserves techniques.
Pourtant, malgré cet investissement financier conséquent et la fin des travaux, l’Agence Nationale des Affaires Maritimes (ANAM) refuse toujours de délivrer l’autorisation de naviguer. Sur l’île, beaucoup dénoncent des blocages purement administratifs et bureaucratiques qui se font au détriment de la sécurité, du confort et de la survie économique des populations. Nous lançons un appel pressant aux autorités compétentes pour que le bon sens l’emporte et que la chaloupe Boubacar Joseph Ndiaye soit immédiatement remise à l’eau.
L’appel des Goréens au maire Augustin Senghor et l’urgence de l’autonomie
Face à cette précarité chronique du transport maritime, les regards se tournent également vers les solutions pérennes portées par la municipalité. Le Conseil municipal de Gorée a déjà voté une délibération – dûment approuvée par le Préfet de Dakar – visant à acquérir une chaloupe propre à la commune de Gorée, afin de garantir l’autonomie définitive des insulaires.
Aujourd’hui, en tant qu’élus, aux côtés de la population et des acteurs économiques de l’île, nous réitérons notre soutien à cette initiative et demandons l’accélération de ce processus d’acquisition. Pour les Goréens, il ne s’agit plus d’un simple confort, mais d’une urgence vitale, d’un droit à la continuité territoriale et d’une question de dignité.
Le message est clair : les autorités administratives doivent libérer la chaloupe auditée et financée, et l’État doit accompagner la commune. Il faut agir vite avant que l’économie et la vie sociale de l’île ne sombrent définitivement.
Djibril Seck
Conseiller municipal à la commune de l’île de Gorée