Doudou Wade, vétéran de la parole politique, homme d’expérience et ancien président du groupe parlementaire libéral, a trébuché sur un mot qui, chez nous, devrait être rangé à jamais dans la cave des outils indésirables. Sur le plateau de Faram Facce, il a déclaré que le pays est en danger et qu’il faut le sauver. Jusque-là, rien que de très banal. Le Sénégal est souvent en danger dans les discours, surtout quand on a perdu les élections. Mais la solution proposée a fait l’effet d’un pétard mouillé dans une bibliothèque. Le coup d’État.
Voilà donc un pays qui passe pour une exception démocratique dans une région secouée par les putschs, et qui se découvre soudain un goût pour les mots qui font peur. On ne joue pas avec les allumettes dans une maison en bois, surtout quand elle tient encore debout. Le coup d’État n’est pas une opinion, c’est un accident grave de la démocratie. On n’en parle pas comme d’une réforme fiscale ou d’un changement de calendrier électoral.
Il y a quelque chose de paradoxal à voir un homme rompu aux joutes institutionnelles convoquer la force quand les règles du jeu lui déplaisent. En démocratie, les désaccords se tranchent dans les urnes, pas dans les casernes. Si Doudou Wade estime que le peuple s’est trompé en choisissant Pastef, il lui reste une voie simple et exigeante, convaincre à nouveau. Travailler à une alternative politique crédible, patiente, capable de séduire sans menacer. C’est plus long qu’un raccourci autoritaire, mais c’est le seul chemin qui mène quelque part.
La parole publique, surtout quand elle émane de figures d’expérience, devrait se draper de responsabilité. Les mots ont une mémoire et parfois une descendance. Dans une démocratie fragile par nature, ils peuvent rassurer ou inquiéter, élever ou abîmer. Un sage peut se tromper, bien sûr. Mais un sage sait aussi qu’il y a des phrases qui ne se prononcent pas, même pour faire peur, même pour alerter, surtout pas pour tenter le diable.
Par Sidy Diop